Les regrets d’un veilleur de nuit

Une occasion ratée. À la manière d’un de ces instants majeurs ôtés d’une destinée. Le souvenir irréel de lèvres entre elles. D’une mèche placée du bout de l’index, glissant le long de la joue, derrière l’oreille. Un effleurement raté.

Brune, les cheveux ondulés, elle savait les coiffer simplement en chignon derrière la tête. Elle le faisait  pour ne pas s’en encombrer pendant qu’elle s’occupait de donner la douche à l’un de ces vacanciers. Pendant une semaine un groupe d’adulte en situation de handicap était confié à une équipe d’éducatrices/animatrices dont elle faisait partie. Moi j’étais leur veilleur de nuit.

On s’était croisé une première fois sur un autre séjour quinze jours plutôt. Juste le temps d’un week-end, d’un sourire et quelques regards croisés. Être veilleur de nuit signifie travailler en décalage par rapport à l’équipe d’animation.

«  Un p’tit café Fred ? » tandis que la surprise me fut faite de constater son tour venu de me relever. Elle avait ce sourire au coin des lèvres qui forçait chez moi ce petit rictus similaire. Neuf heures de veille à penser à elle. À sept heures du mat’ je me devais de rejoindre mon lit. Épuisé, qu’aurais-je bien pu lui dire les yeux éclatés à elle qui venait tout juste de se lever ? Ainsi je suis rentré chez moi avec son souvenir. Quinze jours passèrent, une nouvelle mission m’attendait cette fois pour une semaine. Tandis qu’on me fit visiter les lieux, on arriva à la présentation de la nouvelle équipe. J’avais récupéré le numéro de Cindy dans le dossier du séjour précédent, mais je n’avais pas trouvé le courage de lui écrire ne serait-ce qu’un sms. Et la voilà assise sur le fauteuil durant la réunion de fin de soirée. Je cachais l’expressivité de ma joie à la nouvelle équipe tandis que je les rejoignais. Habillée en tenue décontractée, pas le temps de jouer la séduction, ce travail leur prenait tout leur temps. Elle n’était pas maquillée et pourtant le contour de ses yeux châtaigne me captivait. Je me sentis de devoir le leur cacher, professionnalisme oblige. Une tension joua avec mon cœur et mon corps. Ballotté à la manière d’un pantin. En moi le vent se levait.

Commencèrent de petits jeux de regards taquins, des sourires recouverts de ce léger malaise l’un en face de l’autre à se chercher et se fuir. Pratiquement chaque nuit elle ne prenait pas même la peine de venir pendant la pause clope de ses collègues avant d’aller se coucher. Je l’y attendais avec ce besoin de me rapprocher d’elle, de la sentir près de moi. Son odeur douce et sucrée après qu’elle ait pris une bonne douche. Je pouvais par une sorte de voyage astral sentir l’eau couler sur mon corps et la caresse de ma main sur ses hanches sur sa peau chaude. Mes lèvres auraient rejoint son cou et l’auraient léché intimement entre ses seins jusqu’à m’agenouiller devant elle qui s’emparerait de ma tête. Elle m’aurait forcé à la pénétrer de ma langue habile tandis que mes mains empoigneraient ses seins. De mon pouce et l’index, un léger pincement des tétons. Une douleur similaire à celle du plaisir. Sa tête penchée sur le côté, je l’aurais plaqué, tout son corps, de dos contre la surface froide du mur.

– Aaaaaah ! C’est froid ! Un léger cri.

Pas le temps de m’en préoccuper, à sa hauteur mes mains glissent déjà dans ses cheveux. Front contre front elle s’empare de mon érection entre ses doigts et m’ôte toute volonté par cette simple pression. Le désir bouillant en moi…

– Fred demain je suis de repos je pourrai t’accompagner pour les courses ?

Sur le point de commencer mon travail de veilleur de nuit. Le lendemain je savais que j’allais passer une partie de la journée avec elle.

Mon travail accompli, je dormis jusqu’à quatorze heures. En me levant pour rejoindre la cuisine je croisais Cindy en mini short et chemise blanche dont les deux pans étaient noués entre eux. Les cheveux coiffés, un léger trait de maquillage noir sous les yeux.

– Bien reposé ? Je me suis installée pas loin du centre pour faire un piquenique.

L’invitation était évidente.

– Excellente idée, je me prépare à manger et je t’y rejoins.

Elle sourit et cinq minutes plus tard nous nous retrouvions à discuter de tout et de rien, prêts à refaire le monde assis par terre sur un drap blanc. Autour de nous la végétation nous enveloppait dans ce petit parc comme isolé du monde. On s’essaya à plusieurs tentatives d’approches inconscientes. D’abord nos yeux bien que se fuyant occasionnellement, ceux-là se cherchaient encore. Nos bouches entre ouvertes simulaient le goût d’un baiser. On s’allongea l’un à côté de l’autre et lentement nous nous sommes endormis. Lorsqu’elle s’éveilla, somnolant je m’allongeais sur le côté, la tête reposant sur la main de mon bras plié.

– Tu as ronflé

– N’importe quoi !

– J’ai eu envie de faire ça…

Je lui pinçais le nez délicatement ce qui l’a fait rire aux éclats. Ainsi j’en avais profité par mon geste pour me rapprocher d’elle. Quelques centimètres de proximité qui allaient tout changer. Constatant mon approche, elle ne s’éloigna pas pour autant et se retourna sur le ventre. Le bas de son dos nu, ma main l’effleura comme par erreur. Aucune réaction visant à me repousser. Tous les voyants étaient au vert. Ses yeux m’invitaient à elle. Sa tête reposait sur ses bras croisés, penchée dans ma direction avec cette envie faussement dissimulée d’un rapprochement. Son souffle s’accéléra au fur et à mesure que ma main la frôlait en remontant du bas du dos jusqu’en haut de son épaule. Un baiser tendre sur cette partie de son corps se transforma en une accolade sensuelle de ses bras enveloppant mon corps par ses charmes. Un regard complice, un sourire rictus et nos bouches se touchèrent, s’entre ouvrèrent, jusqu’à laisser nos langues partager leurs salives. Mes mains filoutes, se faufilèrent sur ses hanches jusqu’à devenir plus ferme et autoritaire. Mes doigts sous son genou droit, je lui rabattis la cuisse contre mes hanches, lui imposant cette position jambes écartées, sans lui demander l’autorisation. Tout en elle exprimait cette volonté d’un laissé aller dont l’intensité n’avait d’égal que celle de l’humidité dans sa culotte. Des plaintes suaves s’échappèrent d’elle comme une complainte abandonnée.

Huumm… Huummm… Haa…              

Mon sexe était raidi à saturation. Imposant et dominant il se dessinait à la surface de mon short. D’un mouvement bref j’enlevai mon t-shirt et empoigna ses seins par automatisme. De longs baisers dans son cou jusqu’à la lécher comme une friandise interdite. Du bout de la langue, j’avais rejoint la sienne. Toujours allongée sur elle, Cindy empoigna mes fesses et commença à retirer mon short, mon caleçon. Mon cul se retrouva entre ses mains griffantes. Elle s’y agrippait, l’empoignait en écartant les jambes. Je n’en pouvais plus de la voir se donner aussi libre à ma bestialité de plus en plus alarmante. Le besoin instinctif de va-et-vient transformés en coup de reins j’avais libéré mon sexe de sa cage et déjà celui-ci chercha sa place en elle en se frottant entre ses jambes contre ce mini short.

– Retourne-moi et prends-moi. La supplication était telle, qu’elle était prête à me sucer pour ça. J’en étais certain. Aussi, elle, à quatre pattes, je le lui fis comprendre en plaçant ma queue dans sa bouche. Elle lécha les veines de ma verge jusqu’au gland tuméfié et caressa mes testicules avec l’autre main. La première étant occupée à me branler. À genoux devant elle me bouffant littéralement, je m’agrippais à sa tête en grimaçant.

– Oh c’est bon, PUTAIN que c’est bon ! En insistant bien sur le terme « putain » comme pour le lui hurler sans oser le faire. Elle n’était pas dupe et le compris instantanément. Ainsi elle se prit à me sucer encore plus fort pour se venger de cette insulte.

– Aaaaaahhh AAAHHHHhhh !! Oh merde j’en peu plus je vais…

Elle s’arrêta net.

– Tu ne croyais tout de même pas que t’allais t’en tirer aussi facilement ?  

Ma verge n’en pouvant plus, au bord de l’implosion, je n’eus d’autre choix que de la relever et la basculer en arrière, déposé à même mon bras droit. Ma main gauche retira bien vite son minishort aidé des mouvements frénétiques de ses jambes. Sa chatte à l’air, le monde rien que pour nous avec le bruissement du vent contre les branches, les oiseaux voyeuristes s’étaient tues et observaient la scène cachée timidement pour ne pas attirer l’ogre dévorant sa proie. Je lui bouffais le vagin. Mes doigts s’amusèrent avec son clito à lui faire pousser des petits cris dont je gérai l’intensité. Je m’étranglais la bite pour la faire débander un peu. Autant que Cindy, j’avais le violent désir de l’a lui mettre au fond contre la paroi rosée de son sexe. Je voulais me frotter à elle en elle, et jouir tandis qu’elle m’embrasserait d’un amour fusionnel.

Et bien, sachez qu’il n’en a rien été… Allongé à côté d’elle, je n’ai pas même osé la toucher.

Nous nous sommes levés et avons rejoint ma voiture pour aller faire des courses puis poursuivre avec une p’tite balade en ville.

À ce niveau-là de l’excitation, que diriez-vous d’une baise torride dans la voiture ?

Je lui aurais pris la main pour l’a lui caresser avant de la placer sur ma bite. Elle m’aurait déboutonné le pantalon et m’aurait pompé le dard comme jamais. Ma verge sentirait les mouvements de va et viens sur sa langue tandis qu’elle exulterait de me savoir au fond de sa gorge

« Huuummmmm !! » S’étoufferait-elle tandis qu’elle me laisserait diriger la cadence brutale.

Elle se serait redressée soudainement, serait sortie de la bagnole et placée devant contre le capot à même la lumière des phares (si on s’était trouvé en pleine nuit) penchée en avant la courbure de ses reins cambrée en arrière. Je serai sorti à mon tour et aurai attrapé son cul rebondi. Ma queue à l’air, je l’aurais enfilé brutalement en plaçant ses mains derrière son dos. J’aurai tiré ses cheveux en arrière puis joui tout au fond d’elle pour que mon sperme ne puisse jamais en ressortir.

Contre qui aurais-je dirigé réellement cette colère ? Contre elle ou contre moi qui n’ai rien tenté. Un simple baiser m’aurait pourtant suffit.

Dans cette grande ville, nous nous sommes hasardés dans ses rues pavés comme autrefois. Petit passage au musée des miniatures pour susciter chez elle une émotion supplémentaire dont je n’ai rien su tirer. On a mangé une glace artisanale et malgré les recommandations actuelles contre la Covid 19, nous avons goûté la glace de l’un et l’autre. La mienne était au gingembre citron, mais à quoi bon. Dans la cathédrale Saint Jean je me serai bien vu profaner ce lieu de culte. Nous avons ensuite remonté la rue en direction de la Basilique Notre-Dâme de Fourvière. En échangeant nos points de vue sur certains sujets. C’est alors que l’orage se mit à gronder et le ciel déverser une pluie battante sur la région.

Je lui ai attrapé la main en riant et l’ai entraîné sous la voûte en pierre d’une petite porte en bois fermée. À peine vingt centimètres environ de protection contre la pluie. Elle était mince cela suffisait pour elle à se protéger. Moi, en revanche plus grand et plus fort, la pluie coulait sur moi et dégoulinait le long de mon corps. Le T-Shirt complètement trempé, je lui lança un regard dans un silence, sans sourire. Mes sens en alerte, la tempête s’emparait de moi. Impossible de contenir l’ouragan. Je lui pris la main et l’emmena contre moi, dans mes bras, sous la pluie et l’orage qui me grondait de le faire. Bien qu’inattendue, elle s’était laissée venir avec une telle aisance. Je pris le temps de l’observer. Elle commençait à être trempé des pieds à la tête ce qui l’a rendait encore plus intense avec ses cheveux mouillés plaqués contre la joue. Elle m’irradiait, mes bras sentaient son corps contre le mien. À mon habitude je fis glisser la mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle me regardait comme si le monde pouvait s’effondrer à nos pieds. Sa main se posa derrière mon cou et me fit venir jusqu’à ses lèvres humides. Je l’embrassai en lui caressant le visage. Et je sue alors que même si je n’allais plus la revoir après cette semaine, j’avais passé avec succès une de ces étapes importantes de ma vie.      

Foutue conscience professionnelle ! J’aurais tant aimé que cela se passe ainsi. Sous la voûte de cette porte et la pluie, j’ai laissé passer la dernière chance d’un baiser révélateur avec elle. On a bu un verre dans un pub. La tension sexuelle a laissé place au malaise de n’avoir rien fait et on est rentré.

Il nous restait encore quatre jours/nuits pour remédier à cela, seulement les regards s’étaient mués en une gêne faussement dissimulée derrière la fuite. Difficile de trouver un moment pour se parler seul à seul. Je vivais de plus la nuit et elle travaillait le jour. L’épuisement de l’un et de l’autre n’aidant en rien.

Je me revois la dernière nuit derrière la porte de sa chambre fermée. J’aurais tant aimé veiller sur ses nuits. Aujourd’hui je me retrouve avec le numéro de cette fille de Nantes à plus de quatre cents kilomètres de moi.

Entre fantasme et réalité, une chose est certaine. Le regret est une mauvaise maîtresse dont il faut se débarrasser.

À votre tour maintenant de nous raconter qu’elles ont été vos regrets les plus intimes.

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